Bonjour l'Europe

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Chaque jour, un correspondant de RFI en Europe raconte la société de son pays. Les Britanniques abolissent la chasse à courre, les Belges légalisent l’euthanasie active, les Russes organisent une foire de millionnaires… si l’Europe se mondialise, elle entretient aussi sa diversité. Les uns ouvrent la voie, les autres font de la résistance ; les uns se vantent de conserver leurs traditions, les autres se coulent dans le moule.

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Bonjour l'Europe - Pologne: les médias au détriment de la santé publique ?

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En Pologne, les députés du parti Droit et Justice ont préféré rallonger le budget de la télévision et de la radio publique plutôt que celui de la lutte contre le cancer. Le système de santé, mal en point dans le pays, encaisse un nouveau coup dur.

de notre correspondant à Varsovie,

Depuis le vote de cette rallonge budgétaire, le 13 février, la polémique ne fait qu'enfler en Pologne. Car le choix des députés du parti Droit et Justice est de donner davantage d'argent à « des mensonges, des calomnies, des manipulations », comme le décrivent les membres de l'opposition.

Depuis leur reprise en main, fin 2015, la télévision et la radio publiques sont considérées par de nombreux experts comme des canaux de propagande pour le pouvoir en place. Lors du vote, à la Diète, le parlement polonais, de ces 2 milliards de zlotys supplémentaires, l’opposition a crié au scandale, répétant le mot « Hanba ! », « Honte » à la députée qui a défendu à la tribune ce financement.

De plus, le comportement de l’élue a grandement alimenté la polémique. Après son discours, Joanna Lichocka a adressé un doigt d’honneur en direction des parlementaires de l’opposition.

Une provocation inédite en Pologne

Lichocka s’est excusée pour son geste, mais assure avoir en fait voulu enlever quelque chose de son œil puis de sa joue, avec son majeur. Une explication jugée peu crédible lorsqu'on regarde les images vidéo de l’hémicycle.

L’opposition s’est immédiatement saisie de ce geste, déclarant qu’il était aussi adressé à l’ensemble des Polonais malades du cancer. Eux, n’auront pas droit à 2 milliards de zlotys supplémentaires pour lutter contre leur maladie.

Des programmes de recherche et de lutte contre le cancer dans le besoin

Un chiffre et un paradoxe illustrent ce manque de financement. La Pologne enregistre moins de cas de cancer que d'autres pays européens, mais le taux de mortalité y est beaucoup plus élevé. Un peu plus de 200 Polonais sur 100 000 meurent du cancer. Les Polonais ont moins de chance de survie que les Allemands, les Français ou les Espagnols, par exemple.

En cause, des examens radio, comme les IRM, effectuées trop tard, car trop chers. Les hôpitaux manquent d’argent aussi pour déterminer précisément l’état d’avancée de la maladie et proposer le traitement le plus adapté.

Un programme de financement de l’oncologie a été adopté par le gouvernement. Il prévoit d’investir 450 millions de zlotys par an d’ici 2023. Ce montant est un peu moins élevé que la rallonge budgétaire accordée aux médias publics.

La santé au cœur de la campagne présidentielle

Le premier tour de l'élection présidentielle aura lieu le 10 mai prochain. Il y a quelques jours, la candidate du principal parti d'opposition s'est rendue dans un hôpital du sud-est du pays, en grande difficulté. Dans le même temps, le président sortant, Andrzej Duda, lui, était en meeting avec ses partisans.

Pour la candidate de l'opposition, c'est un bon coup de communication. Duda a, quant à lui, la fameuse loi polémique sur son bureau. Va-t-il la promulguer et accorder ces 2 milliards de zlotys supplémentaires aux médias publics ? Ou va-t-il mettre son veto ?

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Bonjour l'Europe - Hongrie: controverse autour du nouveau programme scolaire

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La publication d’un nouveau programme scolaire suscite une vive polémique à Budapest. L’Union démocratique des pédagogues, le principal syndicat enseignant, appelle à une manifestation ce dimanche 23 février, dans la capitale hongroise. Ce nouveau programme sera valable à partir de la rentrée prochaine et il provoque une levée de boucliers.

de notre correspondante à Budapest,

Ce programme suscite l'hostilité des enseignants avant tout parce qu’il inclut une liste d’écrivains à étudier obligatoirement, mais aussi en raison de la nature de certains des écrivains retenus. Certes sur cette liste, on trouve George Orwell, l’auteur du célèbre « 1984 ». Mais le prix Nobel de littérature, l’écrivain juif hongrois Imre Kertész a été retiré de la liste. En revanche, on y trouve désormais des auteurs discutables. Par exemple le Hongrois Albert Wass, qui offre peu d’intérêt du point de vue littéraire et qui est surtout raciste et antisémite. Pour cette raison, Wass a toujours été l’emblème de l’extrême droite hongroise.

La liste inclut aussi Ferenc Herczeg, fervent admirateur de Mussolini, et Jozsef Nyiro, grand admirateur de Goebbels et membre de la direction du parti pro nazi hongrois. Le cas de Nyiro est un peu particulier, car il est considéré comme un bon écrivain. Il a écrit des romans bucoliques que beaucoup de familles ont dans leur bibliothèque, et dans lesquels ses idées nazies n'apparaissent pas. Le problème est que le gouvernement de Viktor Orban a réhabilité l’homme, pas l’écrivain. En 2012, le gouvernement avait organisé une cérémonie en grande pompe pour le transfert des cendres de Jozsef Nyiro. Une initiative qui en avait choqué beaucoup. Le prix Nobel de la paix, Elie Wiesel, avait d’ailleurs rendu, en signe de protestation, une décoration qu’il avait reçue du gouvernement hongrois.

Comment le gouvernement justifie-t-il la présence de ces auteurs controversés dans le nouveau programme scolaire ?

Selon le ministre de l'Éducation, Miklos Kasler, « la nouvelle génération doit bénéficier de programmes contenant des valeurs européennes et hongroises ». De manière générale, la droite hongroise estime que la gauche et les libéraux ont toujours dominé la culture et l’éducation, que jusqu’ici sur les listes de lecture, on trouvait surtout des écrivains de gauche, et qu’il faut rééquilibrer tout cela. Et un porte-parole du gouvernement a expliqué que ce programme national avait été élaboré par les meilleurs experts.

Quelle est la marge de manoeuvre des enseignants ?

Les professeurs de littérature pourront consacrer 20 % de leur temps aux auteurs de leur choix. Mais en général les programmes scolaires sont très directifs. Par exemple, les professeurs de chimie devront expliquer aux élèves, films à l’appui, comment fonctionne la distillation de l’eau-de-vie. Il faut dire que le gouvernement Orban a donné à chaque famille le droit de distiller de l’alcool pour sa consommation personnelle. Distiller de l’alcool, c’est presque un acte patriotique !

Selon de nombreuses associations d’enseignants, le programme scolaire est trop imprégné de nationalisme et d’idéologie. Sur les réseaux sociaux, certains professeurs postent la même devise : « Je n’enseignerai pas le fascisme . »

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Bonjour l'Europe - Disgrâce de Vladislav Sourkov, le «cardinal gris» de Poutine pour l’Ukraine et la Géorgie

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C’est officiel, Vladislav Sourkov, l’aide du président russe pour l’Ukraine et les conflits sécessionnistes de Géorgie, a été démis de ses fonctions, le 18 février. Après sept ans passés à gérer le conflit dans le Donbass, c’est-à-dire à y défendre les intérêts de Moscou au moyen des armes lourdes et de techniques de guerre hybride, le « cardinal gris » du Kremlin est mis sur la touche.

de notre correspondant régional,

Le départ de M. Sourkov est important parce qu’il est celui qui a mis en forme les décisions politiques de Vladimir Poutine de créer des conflits dans certaines ex-républiques soviétiques. Soit il a « géré » la politique de ces régions -on pense à l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, en Géorgie, qui ont fait sécession au début des années 1990-, soit il a été le maître à penser de la façon de créer un conflit pour arriver aux fins du Kremlin, à savoir se donner des leviers d’influence sur les républiques qui veulent échapper à son emprise géopolitique. Comme l’Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie.

Dans le Donbass, l’Est minier de l’Ukraine, cette stratégie a provoqué la mort de 13.000 personnes en six ans de conflit.

Un changement de politique du Kremlin dans le Donbass en perspective?

Le départ de Vladislav Sourkov a été motivé officiellement par un « un changement de cours, politique, en Ukraine ». Rien n’indique qu’il s’agit d’un changement d’objectifs, même si certains observateurs se demandent si, pour faire lever les sanctions occidentales contre elle, la Russie ne serait pas prête à certains compromis.

Notons que Vladislav Sourkov est remplacé par Dmitry Kozak, qui était jusque fin janvier vice-Premier ministre et qui vient d’intégrer l’Administration présidentielle, le véritable siège du pouvoir russe.

M. Kozak sert le même homme que Sourkov, le maître du Kremlin. Il a d’ailleurs déjà travaillé sur les conflits régionaux comme celui de Transnistrie, la région séparatiste de Moldavie, où il y a une quinzaine d'années il avait mené une action pas très différente de celle de M. Surkov.

Pourquoi Kozak plutôt que Sourkov ?

Parce que ce dernier a montré, depuis deux ans, qu’il avait su tirer les conséquences de son échec en Moldavie et su changer de méthode du moins. Dans une interview récente, il relève qu’il ne faut pas proposer de fédéralisation de la Moldavie, où la région séparatiste disposerait d’un droit de veto sur ses grandes orientations stratégiques…

Mais le terme étant impossible à faire accepter à la population moldave, M. Kozak suggère de parler de statut « spécial » pour certaines régions, et surtout de ne pas œuvrer en secret, mais ouvertement avec les pouvoirs et les populations concernés, et sur la base d’une négociation avec les grandes puissances intéressées. États-Unis, Europe…

Et cela a permis à Moscou de plutôt arriver à ses fins en 2019 en Moldavie.

Quid des conflits géorgiens ?

Les régions sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud n’ont pas été confiées à M. Kozak. Le plus probable est que Moscou continuera à « gérer » ces conflits, qui sont gelés, comme avant, sachant que les dirigeants de ces provinces sont… déjà complètement dans les mains des Russes.

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Bonjour l'Europe - Des millions de vues en Russie pour une vidéo sur le VIH

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C’est du jamais vu dans un pays où le sida est encore un sujet tabou. Avec 14 millions de vues en un peu moins de dix jours, la vidéo postée par le Youtubeur Iouri Doud permet d’éveiller les consciences… et de secouer un monde politique longtemps muet sur le sujet.

de notre correspondant à Moscou,

L’auteur de la vidéo n’en est pas à son premier coup d’éclat. Véritable star du Net en Russie, Iouri Doud a déjà fait beaucoup de bruit en publiant des vidéos sur le goulag, ou sur la tragédie de Beslan. Cette fois, le youtubeur de 33 ans s’empare d’un sujet souvent occulté en Russie par les médias comme par les autorités. « Beaucoup de gens pensent que le VIH appartient aux années 90 et n’a jamais atteint l’époque de l’internet à haut débit, explique Iouri Doud dans l’introduction de son film, mais c’est faux : plus d’un million de personnes vivent avec le VIH en Russie. En 2018, 37 000 personnes sont mortes du sida dans notre pays, soit en moyenne 100 personnes par jour. »

La vidéo, qui dure plus d’une heure et demie, se veut éducative, pédagogique… Elle enchaîne les témoignages de malades, et les paroles d’experts ou de militants associatifs. Le youtubeur ne se contente pas de faire un travail pédagogique, il dénonce également l’inertie des autorités russes, accusées de ne pas en faire assez pour lutter contre la maladie.

Immense impact

L’impact est immense dans un pays où le sida est une maladie méconnue et où les porteurs du VIH sont en butte à l’incompréhension, aux préjugés, et parfois même à de la discrimination. Durant la vidéo, Youri Doud fait lui-même un test de séropositivité et recommande à chacun de faire de même. Selon la presse russe, la fréquentation des laboratoires d’analyse a explosé dans les jours qui ont suivi la diffusion du documentaire. De même que les ventes de tests salivaires en pharmacie ou sur internet.

La vidéo a eu un impact également auprès des autorités russes : Dmitri Peskov le porte-parole du Kremlin a estimé qu’elle méritait « qu’on s’y intéresse » et le film a été projeté au Parlement russe. Des réactions d’autant plus inhabituelles pour les autorités que celles-ci ont longtemps été dans le déni face au sida. Commentaire du journal Vedomosti : le youtubeur Iouri Doud est à lui tout seul « plus efficace » face à la maladie que ne l’a été l’État russe ces dernières années.

► Visionner la Vidéo

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Bonjour l'Europe - Grèce: hausse du nombre de demandeurs d’asile en provenance de Turquie

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La Grèce connaît, depuis l’été dernier, un regain du nombre de demandeurs d’asile en provenance de la Turquie voisine. En particulier sur cinq îles de la mer Égée qui servent de centres d’accueil et d’enregistrement de ces demandeurs d’asile. L’an dernier, plus de 55 000 personnes ont ainsi débarqué sur ces îles comme à Lesbos ou à Samos.

C’est sur l’île de Lesbos que se concentre la majorité des demandeurs d’asile présents sur les îles de la mer Égée. Ils sont actuellement plus de 20 000 à être regroupés dans et autour de Moria, le plus grand camp d’Europe où les structures ne sont prévues que pour 3 000 personnes.

À Samos, les demandeurs d’asile sont, eux, amassés sur les hauteurs qui dominent Vathy, la capitale, qui est une petite ville portuaire avec une population d’environ 9 000 habitants. À l’heure actuelle, les demandeurs d’asile sont presque aussi nombreux, c’est-à-dire près de 7 000, alors que le camp de départ ne compte qu’un peu plus de 600 places. Les capacités de réception initiales sont donc dépassées plus de onze fois.

Résultat : si vous quittez le front de mer où se trouvent des cafés, des restaurants et des petits commerces pour remonter vers la vieille ville de Vathy, vous apercevez, au bout d’environ dix minutes de marche, des centaines de tentes de fortune agglutinées sur le sol incliné de la colline qui domine la cité. Ironie de la topographie, c’est juste au-dessus du cimetière de la ville que se déploie cette sorte de bidonville géant. Un bidonville que l’on aperçoit de loin sur la route qui mène à Vathy, en raison de nombreuses bâches bleues qui tranchent sur la verdure des oliviers et des pins, au milieu desquels elles sont plantées de manière anarchique.

Comment se passe la cohabitation entre ces deux mondes ?

Lorsque l’on se promène dans les rues et les ruelles de Vathy, on croise autant de Grecs que de ressortissants de pays en proie à des violences, comme l’Afghanistan, la Syrie ou encore la République démocratique du Congo. Au sein de l’espace public, demandeurs d’asile et population locale sont donc contraints à la cohabitation.

Face à une situation qui s’enlise et s’inscrit dans la durée, en raison notamment de la lenteur des procédures en cours, cette cohabitation s’avère de plus en plus difficile, comme l’a illustré une grève accompagnée de manifestations sur les îles, dont celle de Samos, il y a tout juste un mois.

Les autorités grecques ont récemment annoncé la fermeture de ce camp de Samos et l’ouverture, d’ici peu, d’un autre centre.L’ouverture du nouveau centre est prévue au plus tôt pour le mois de mars. Et il ne devrait pouvoir accueillir que 1 200 personnes alors que le camp actuel en compte 7 000. Si des mesures d’urgence ne sont pas mises en place par les autorités, il paraît difficile de concevoir que le camp actuel, où les demandeurs d’asile continuent à s’entasser dans des conditions misérables, ne ferme rapidement. Et que, donc, la situation ne s’améliore durablement sur l’île de Samos.