Alors que le bras de fer continue en France entre le gouvernement et les syndicats sur la réforme des retraites, RFI est allée voir comment cela se passait en Suisse. Si le système de retraites y est très différent, il est tout aussi difficile à réformer. Décryptage de notre correspondant à Genève.

Le système de retraites, c'est l'une des fiertés de la Suisse. Certains y voient même l'un des meilleurs systèmes au monde. Comment cela marche exactement ?

C'est ce qu'on appelle en Suisse le système des « trois piliers ». Ses origines remontent à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais il n'a pris sa forme actuelle que dans les années 70.

Les trois piliers, qu'est-ce que c'est ? Le premier pilier, c'est l'AVS, l'Assurance vieillesse et survivant. C'est l'équivalent de la retraite par répartition à la française. Une retraite publique, gérée par l’État fédéral. Tout le monde cotise, tout le monde en bénéficie. En Suisse, vous pouvez toucher votre premier pilier à 65 ans si vous êtes un homme, 64 ans si vous êtes une femme.

Le deuxième pilier, c'est la prévoyance professionnelle. On est là dans un système par capitalisation. Tous les travailleurs ont l'obligation de cotiser au deuxième pilier à partir d'un certain revenu. Les employeurs cotisent aussi. C'est de loin le pilier le plus important pour beaucoup de Suisses.

Enfin le dernier pilier est lui totalement facultatif. Vous épargnez si vous le voulez, et si vous le pouvez. C'est en fait l'équivalent d'une assurance-vie.

Comment est financé ce système ?

C'est là où la Suisse rejoint un peu la France. Comme beaucoup de pays européens, la Suisse est confrontée au vieillissement de sa population. En 1948, au moment de la création de l'AVS, le premier pilier, on comptait six actifs pour un retraité. Aujourd'hui, on est plutôt à trois et demi contre un. Et le rapport devrait même passer à deux actifs pour un retraité d'ici le milieu du siècle. Difficile donc d'assurer des rentes publiques aux retraités suisses dans ces conditions.

Le gouvernement estime qu'à partir de cette année, les comptes de l'AVS ne seront plus équilibrés. Le déficit pourrait atteindre plus de huit milliards de francs suisses en 2030, soit 7,44 milliards d'euros. Quant au deuxième pilier, son financement repose sur la performance des caisses de prévoyance. Or, celles-ci doivent faire face à la baisse de rendement des marchés financiers. D'où l'idée de réformer un système qui n'a plus bougé depuis 20 ans. C'est ce qu'a voulu faire le gouvernement il y a deux ans en alignant l'âge de la retraite des femmes sur celui des hommes, en baissant le niveau des retraites complémentaires et en augmentant la TVA pour les financer. Réforme rejetée par les Suisses dans les urnes. Depuis, on en est là.

D'autant que ce système n'empêche pas les retraités pauvres.

On l'oublie souvent, mais la pauvreté existe aussi en Suisse. Elle concerne un peu plus de 7% de la population. Un taux qui double quasiment chez les seniors. C'est bien plus qu'ailleurs en Europe.

L'une des explications, c'est peut-être qu'en Suisse, on peut piocher dans son deuxième pilier, sa retraite professionnelle, n'importe quand ou presque. Par exemple pour acheter un logement. Et si vous vous retrouvez à 65 ans avec votre seul premier pilier public, c'est parfois très compliqué de joindre les deux bouts. Les retraités pauvres peuvent toucher des prestations complémentaires dans ce cas-là, mais parfois ça ne suffit pas.

C'est la limite du système des trois piliers. Un système hybride, mais qui repose beaucoup plus sur sa composante capitalisation et sur la responsabilité individuelle. Cela nécessite d'épargner, beaucoup et très tôt. Ce que font moins les jeunes générations, estime Anne Sylvie Dupont, une professeure en droit public à l’Université de Genève, spécialisée dans les questions de sécurité sociale. Et ça se voit d'ailleurs dans les enquêtes d'opinions : un peu fatalistes, les trois quarts des Suisses disent s'attendre à une baisse de leurs pensions.