Bonjour l'Europe

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Chaque jour, un correspondant de RFI en Europe raconte la société de son pays. Les Britanniques abolissent la chasse à courre, les Belges légalisent l’euthanasie active, les Russes organisent une foire de millionnaires… si l’Europe se mondialise, elle entretient aussi sa diversité. Les uns ouvrent la voie, les autres font de la résistance ; les uns se vantent de conserver leurs traditions, les autres se coulent dans le moule.

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Bonjour l'Europe - Norvège: Kirkenes pourrait devenir bientôt le 1er port européen

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C’est une petite ville dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler. Il s’agit de Kirkenes, au nord de la Norvège, à la frontière de la Russie. Kirkenes a longtemps été un bout du monde, mais la fonte des glaces dans l’Arctique pourrait bientôt changer son destin. Une nouvelle route maritime entre l’Asie et l’Europe s’ouvre en effet au nord de la Russie. Une route plus courte, plus économique, dont le premier port européen, pour les porte-conteneurs venant de Chine ou du Japon… serait alors Kirkenes.

de notre correspondant à Olso,

Se tient actuellement dans cette petite ville norvégienne la « Kirkenes Conférence », où se retrouvent les acteurs les plus importants de la zone arctique, côté russe comme côté européen. Kirkenes, c’est une commune de 10.000 habitants, un centre commercial fréquenté par les Russes qui vivent de l’autre côté de la frontière, et son activité principale ce sont ces chalutiers, encore des Russes, qui pêchent la morue dans la mer de Barents et viennent faire relâche ici.

A la limite des glaces

La navigation commerciale se développe sur la côte nord de la Russie en raison du changement climatique. Kirkenes se trouve dans ce contexte extrêmement bien placée car son port est à la limite des glaces en hiver. Il devient ainsi le premier port européen quand on arrive d’Asie. Mais ce port n’existe pas encore. Et il suffirait de construire 500 kilomètres de chemin de fer vers la Finlande pour le relier au reste de l’Europe. C’est pour ça que tous ceux qui flairent le bon filon se rendent à Kirkenes. Le problème, c’est que pour l’instant personne n’est volontaire pour faire ces énormes investissements.

► À écouter aussi : Arctique: à qui profite le réchauffement climatique?

La circulation des bateaux sur cette route maritime du nord se développe

Elle a commencé à se développer en 2017 avec la mise en service des gisements de gaz et de pétrole au nord de la Russie. De nouveaux bateaux spécialement conçus pour l’Arctique permettent maintenant de transporter ces hydrocarbures presque toute l’année vers l’Europe. Mais pour le transport de marchandises entre l’Asie et l’Europe, on en est encore aux balbutiements. L’année dernière, seuls 37 bateaux ont effectué ce transit complet. Il permettrait pourtant de gagner 40% de temps, et dont autant d’économie, par rapport aux bateaux passant par le canal de Suez.

Pourquoi si peu de bateaux passent par le nord ?

Le transport maritime par conteneur nécessite des plans stables, à long terme, et ce n’est guère compatible avec une route maritime qui doit fermer pendant l’hiver et le printemps. D'autre part les conditions de navigation restent risquées.

Moscou a annoncé un plan pour équiper ces 6000 km de côte de stations de sauvetage, de ports pour s’abriter, mais ce plan reste à mettre en place. Ce qui va être décisif, c’est le nombre de brise-glaces qui vont travailler sur cette route. La Russie va mettre en service en 2027 des modèles deux fois plus puissants, capables de briser n’importe quelle épaisseur de glace. Ce sont avec eux que la route maritime du nord pourrait vraiment s’ouvrir.

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Bonjour l'Europe - Le Portugal limite les avantages fiscaux qu’il attribuait aux étrangers

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Au Portugal, l’adoption du budget de l’État a provoqué beaucoup d’émoi chez les étrangers expatriés ou qui aimeraient l’être. Que se passe t-il en clair ?

de notre correspondante à Lisbonne,

Le Portugal a décidé de limiter les avantages fiscaux qu’il attribuait dans le but d’attirer les étrangers pour qu’ils viennent vivre dans le pays. Le premier amendement au projet de loi de Finances adopté a été déposé par le parti socialiste au pouvoir.

Il concerne celui que l’on appelle le RNH, le « Résident non habituel ». Ce statut spécifique offrait une exonération totale d’impôt sur la retraite des Européens qui remplissaient les conditions exigées pour en bénéficier, à savoir résider fiscalement dans le pays et y vivre six mois par an au moins pendant dix ans. Désormais, l’exonération ne sera plus que de 90 %. À partir de 2021 et sans effet rétroactif, une taxe de 10% sera appliquée par le Portugal. Cela reste cependant un vrai cadeau fiscal notamment pour les retraités les plus aisés. Le statut concerne relativement peu de gens, car ce sont environ 20 000 RNH qui ont été attribués depuis leur création en 2009. Mais de nombreux retraités même non concernés ont cru qu’en plus de leur impôt en France, ils allaient désormais payer aussi au Portugal. Il n’en est rien.

Autre mesure modifiée, nettement plus intéressante financièrement pour le Portugal : les Visas en or

Les Visas en or ou plutôt ARI pour Autorisation de résidence pour investissement. Il s'agit d'une autorisation de séjour de deux ans à condition d’investir 500 000 euros minimum dans un bien immobilier ou dans une usine ou service créant de l’emploi. Par définition ces « visas en or » comme ils sont qualifiés sont réservés aux ressortissants hors espace Schengen qui ainsi peuvent circuler librement en Europe durant deux ans. Les Chinois, les Brésiliens, les Turcs, les Russes et les Africains du Sud sont les plus demandeurs.

Depuis leur création en octobre 2012, les ARI ont généré 5 milliards d’euros d’investissements, ce qui n’est pas négligeable pour un pays comme le Portugal qui a bien failli être englouti par la crise financière des dernières années. Le gouvernement veut maintenant détourner les visas en or de Lisbonne et Porto pour soulager la pression immobilière dans ces villes et développer l’intérieur.

Un risque pour les investisseurs voire les touristes au Portugal

On constate une certaine saturation du marché immobilier. Les prix ont flambé et une bulle immobilière est toujours possible. On observe un léger tassement de la demande. Pour les professionnels du secteur immobilier, la proposition des visas dorés pour l’intérieur du pays est plutôt vue comme un frein à l’investissement. Il y a peut-être des affaires qui ne se feront plus. Le système des visas en or est accusé régulièrement d’être une porte d’entrée pour la fraude et le blanchiment d’argent. Bruxelles a déjà alerté le pays et d’autres sur le phénomène. Le gouvernement affirme que supprimer les avantages fiscaux serait une concurrence déloyale face aux autres européens qui les maintiendraient. Il opte donc pour une légère restructuration pour éviter la suppression totale.

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Bonjour l'Europe - Des théologiennes dans les mosquées belges pour accompagner les musulmanes

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Il y aura bientôt des théologiennes dans les mosquées belges pour accompagner spirituellement les femmes musulmanes. Et ce, pour que les femmes de la communauté musulmane aient une personne de référence féminine qui puisse les accompagner dans leur spiritualité.

L’idée est portée par l’Exécutif des musulmans de Belgique, l’instance représentative du culte musulman dans le Royaume, qui s’est inspirée d’un projet similaire en cours depuis plusieurs années au Maroc. « Il y a un manque d’encadrement de la communauté musulmane, en particulier des femmes et des filles, constate le vice-président de l’institution, Salah Echallaoui, à l’origine de l’initiative. Un manque d’encadrement qui peut pousser certaines à adhérer aux discours radicaux de guides autoproclamés qui sillonnent les mosquées sans aucune reconnaissance officielle. »

L’Exécutif des musulmans de Belgique est donc en train de recruter 18 femmes, 9 théologiennes et 9 prédicatrices qui participeront à la vie religieuse de la communauté.

Une mission d'écoute et d'accompagnement

Elles auront à peu près le même rôle qu’un imam mais elles ne pourront pas diriger la prière, tâche qui incombe aux hommes dans la religion musulmane. Elles donneront des conférences, participeront aux cérémonies religieuses comme les circoncisions, les mariages ou encore les funérailles. Elles auront aussi un rôle de conseillère et de médiatrice au sein de la communauté. Certaines fidèles peuvent être gênées d’adresser des questions personnelles de la vie quotidienne à leurs imams. Par exemple, une musulmane qui souhaiterait avorter et qui aimerait savoir ce que dit le Coran sur le sujet pourrait être plus à l’aise d’en discuter avec une autre femme.

Vers un islam plus progressiste

La volonté de l’Exécutif des musulmans de Belgique est de diffuser un islam plus progressiste, en phase avec la société belge. Le recrutement sera très strict. Les nouvelles recrues devront parler une des trois langues du pays, le français, le néerlandais ou l’allemand, elles devront être diplômées de l’enseignement supérieur et avoir un casier judiciaire vierge. Lors des entretiens, un jury sera chargé de tester les connaissances en théologie des candidates, bien sûr, mais aussi leurs interprétations des textes religieux.

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Bonjour l'Europe - Monténégro: l'Église mobilisée contre un projet de loi controversé

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Depuis la fin décembre, le Monténégro est confronté à un mouvement de contestation inédit. Chaque jeudi et chaque dimanche, des dizaines de milliers de personnes descendent en procession dans les rues de toutes les villes du pays.

C'est la nouvelle loi sur la liberté religieuse adoptée le 26 décembre par le Parlement monténégrin, d’ailleurs déserté par les députés de l’opposition, qui a mis le feu aux poudres. Cette loi fait obligation à l’Église orthodoxe serbe de présenter les titres de toutes ses propriétés, faute de quoi, elles seront placées sous l’autorité de l’État. La puissante Église serbe dénonce une loi discriminatoire, car les autres communautés religieuses, avec lesquelles l’État a déjà passé des accords spécifiques, ne seront pas soumises à la même obligation.

Le Monténégro est un pays multiconfessionnel, où vivent aussi des musulmans et des catholiques. La grande majorité de la population est néanmoins orthodoxe, et reste fidèle à l’Église serbe, même s’il existe aussi une petite Église monténégrine, qui prétend à l’autocéphalie, c’est-à-dire à l’indépendance. L’Église serbe soupçonne le gouvernement de favoriser cette Église monténégrine et de vouloir obtenir sa reconnaissance canonique. Dans le monde orthodoxe, les Églises sont en effet toujours perçues comme des piliers de l’identité nationale.

Un mouvement social

Mais les foules énormes qui défilent deux fois par semaine ne sont pas uniquement composées de pieux fidèles et 'Église est la première à le reconnaître. Si les pratiquants réguliers sont bien sûr mobilisés, on y trouve aussi beaucoup de gens qui ont une relation plus lointaine à l’Église orthodoxe serbe, mais qui considère que celle-ci fait partie de leur identité. Pour beaucoup de manifestants, cette appartenance confessionnelle n’est d’ailleurs pas contradictoire avec leur identité monténégrine. En réalité, beaucoup de gens utilisent même ces processions pour exprimer leurs frustrations sociales et politiques, dans un pays travaillé par de très fortes inégalités sociales, où l’exode à l’étranger est trop souvent la seule option qui s’offre aux jeunes, où la même élite politique corrompue est au pouvoir depuis 30 ans.

L’Église tient néanmoins à garder le contrôle du mouvement. Elle a réussi à tenir à distance les partis de l’opposition. Les slogans et les insignes politiques sont interdits, et c’est donc derrière des bannières et des croix de processions, en chantant des hymnes et des cantiques que les Monténégrins défilent deux fois par semaine. Dimanche dernier, ils auraient été 200.000 dans tout le pays, selon l’Église. La police n’a compté que 66 000 personnes, mais ce chiffre reste énorme dans un pays qui compte à peine 600 000 habitants.

Une mobilisation dont l'impact reste anecdotique

Néanmoins, les hymnes et les cantiques ne feront certainement pas vaciller le régime de l'inamovible maître du pays : le président Milo Djukanovic. Mais la question est désormais posée. Tous les observateurs s’accordent pour reconnaître que Milo Djukanovic a peut-être commis la première erreur sérieuse de sa longue carrière politique, en sous-estimant la capacité de mobilisation de l’Église. Après avoir d’abord traité le mouvement par le mépris, le régime vient de proposer l’ouverture d’un dialogue, mais l’Église exige en préalable le retrait de la loi.

L’espace pour un compromis est donc fort étroit pour le moment, et le métropolite Amfilohije, chef de l’Église orthodoxe serbe au Monténégro, n’a pas l’intention de galvauder l’immense crédit dont il jouit auprès de larges secteurs de la population du pays. En poste depuis près de 30 ans, le métropolite est un habile politicien, qui entretient d’ailleurs des relations tendues avec son supérieur, le patriarche Irinej de Serbie. À 83 ans, Amfilohije est bien conscient d’avoir rendez-vous avec son propre destin et celui de son Église.

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Bonjour l'Europe - Autriche: un mois après son arrivée au pouvoir, la coalition déjà au travail

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Cela fait un mois que le nouveau gouvernement est entré en fonction en Autriche avec une alliance inédite entre les Conservateurs et les Verts. Et la coalition a voulu montrer qu'elle se mettait tout de suite au travail.

En un mois, le gouvernement a multiplié les annonces dans des domaines très divers : création de 4 300 postes dans la police ou encore baisse d’impôt sur le revenu dès l’an prochain pour la première tranche. Mais les annonces qui ont le plus retenu l’attention de la presse autrichienne concernent l’intégration et l’immigration. Deux mesures, en particulier, ont fait couler beaucoup d’encre : l’interdiction du voile à l’école pour les jeunes filles jusqu’à l’âge de 14 ans et la création d’un dispositif de détention préventive pour les individus jugés dangereux, les demandeurs d’asile étant la cible de cette mesure.

La date de la mise en place de ces réformes n'est pas encore connue mais déjà, elles divisent les deux partenaires de la coalition. Certains membres des Verts n'ont pas caché leur opposition à la première et ils restent prudents sur la deuxième, rappelant que le dispositif de détention préventive devra être conforme à la Constitution et au droit européen. Ainsi, dans ces domaines, où les désaccords étaient attendus, les Verts assument leur position.

Un nouvel espoir

L’entrée des écologistes au gouvernement avait suscité beaucoup d’espoir chez les défenseurs du climat et plusieurs réformes en faveur de l'écologie ont été évoquées. Les discussions ont notamment commencé autour de la création d'une carte d'abonnement à 3 euros par jour qui permettra de prendre les transports en commun dans toute l'Autriche. Mais pour celle-ci comme pour d'autres mesures, il n'y a pas encore de calendrier clair, déplorent les ONG Environnementales. « Dans le programme du gouvernement, regrette Adam Pawloff, de Greenpeace, la politique environnementale repose sur certains thèmes : les finances, le transport et l’énergie. Jusqu’à présent, on a seulement entendu parler de la question financière et elle a été remise à plus tard. En ce qui concerne la question des transports et de l’énergie, nous n’avons toujours pas de calendrier clair. Cela envoie le signal que le climat n’est pas une priorité ! »  

Les Verts, de leur côté, expliquent que certaines mesures demandent du temps mais assurent qu’elles seront bel et bien mises en place.

Une coalition stablePour le moment, malgré des désaccords assumés, l’alliance tient. Il faut dire que chacun des deux partis a intérêt à cette stabilité aujourd’hui. Le conservateur Sebastian Kurz, qui a mis fin à deux coalitions, ne peut se permettre de le faire une troisième fois. Il est donc important pour le chancelier de montrer que cette nouvelle alliance peut réussir. Idem pour les Verts qui se doivent de prouver qu’ils peuvent obtenir des succès sur la politique environnementale, au risque sinon de décevoir leur électorat et de diviser le parti. À cela s’ajoute l’attente des autrichiens, qui sont nombreux à soutenir la coalition après un mois de gouvernement, entre 48 et 56 % selon les différents sondages.